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Le Choc des Idées
Acte II Scène I, Démarrage en côte et folie des grandeurs
 
Helhar'sen

Kil'dara  
Le Matal 20 Saptawarar 816 à 23h26
 
- En principe, bleu ça veut simplement dire qu'ils ne sentent rien d'étranger en activité. Ce truc est peut-être tout simplement inerte. Une simple rémanence de quelque chose qui n'existe plus...
Dites, vous imaginez si tout ce qu'on pensait prenait forme dans les Entrelacs, même sans qu'on en soit conscient, et dérive jusqu'à venir s'échouer ici?


***
L'arrivée du flamboyant Bateleur focalise toutes les attentions et interrompt ses réflexions.
Il faut dire qu'il y a de quoi... Même sans savoir précisément de quoi il s'agit, Helhar'sen connaît à présent suffisamment bien l'Artificier pour savoir que : 1) il n'a pas prévu de mourir et a donc peu de chances de jouer les kamikazes, 2) ceci dit, joueur comme il est, ce truc peut certainement faire de gros dommages au Brise-Rêve malgré sa taille réduite, et 3) c'est aussi un fin stratège qui ne dévoile jamais tous ses atouts et est friand des tours de prestidigitation où il faut détourner l'attention du public...

Cependant Helhar'sen à une relative confiance en son comparse pour faire les bons choix et - après avoir adressé un haussement de sourcils dubitatif à Elyas - il doit rapidement refermer les yeux pour se concentrer sur le pilotage des Calamorques. En effet, l'un d'entre eux a cessé de nager autour de l'immense carcasse pour rentrer dedans via une déchirure dans la carlingue. Son écran est devenu noir, probablement à cause de l'obscurité qui règne à l'intérieur, car le Machiniste sent encore le lien avec le drone qui explore l'épave en se guidant avec ses autres capteurs à présent que les visuels sont inutiles. Sur la table-carte, on distingue l'aura du drone qui pousse son exploration sous la surface de l'épave.
Intéressant, il faudrait munir la génération suivante de lampes... Ou trouver un moyen de retranscrire leurs autres sens sur les écrans.

Ce qui est plus intriguant, c'est la décision du drone d'entrer dans l'épave en soi. Il aurait dû continuer selon les dernières instructions reçues depuis le Brise-Rêve, à moins qu'un évènement prioritaire ne l'oblige à activer ses protocoles autonomes...
Le problème quand on fabrique des drones semi-autonomes, c'est qu'il faut leur donner une certaine souplesse d'interprétation si on veut qu'ils ne soient pas juste des machines. En l'occurrence, un évènement prioritaire ça peut être tout un tas de choses, mais principalement des choses qui ont trait avec des éléments potentiellement hostiles de leur environnement. A moins que les nouvelles instructions viennent du Brise-Rêve lui-même, ce qui est impossible en théorie, du moins pas sans que le Machiniste le perçoive tant qu'il reste en connexion avec le vaisseau.

Bah, après tout, c'est la première fois que le Doc' utilise les Calamorques en conditions réelles. Il est tout à fait possible qu'il s'agisse simplement d'une unité défectueuse fabriquée par le Brise-Rêve...
Helhar'sen ouvre les yeux, curieux d'entendre la réponse à la question de la Dernière Lame.
***





(Agur 816)
 
Mizar

Kil'sin  
Le Sukra 24 Saptawarar 816 à 11h13
 
A l'arrivée du Bariolé, le dit Aveugle se redressa et comme pour sceller cette interruption de la scène, se plia d'une révérence distinguée, presque trop prononcée pour être juste une marque de politesse. Une réponse théâtrale à une entrée qui l'était tout autant. On eu presque pu remarquer un étroit sourire sur son visage, alors même que celui-ci était neutre et que ses lèvres n'avaient pas bougé.

Brêve ponctuation marquant la survenue d'une légère tension qui s'était invitée à bord du Brise-Rêve.
Atome flottant au grès des scènes, attendant le bon moment pour exploser.
Des ombres, des ondes, des ruines, du vide, un signal et beaucoup de pronostiques.
Puis le Doc était intervenu, transformant le Bleu en une couleur transparente par quelques éléments d'une logique rassurante, créant un moment de flottement.

Les attitudes n'étaient que le reflet d'une habitude. Celle de ces esprits.
Regarder par la fenêtre, être prêt à bondir, tenir son ancre, s'installer pour observer le spectacle à venir, rationaliser le tout. Ce schéma que tous avaient déjà bien imprimé finirait par agacer, coincer, se heurter à ses propres limites. Rien ne les poussait à s'entendre, sinon une certaine curiosité. Qu'y a t-il après?
Et ils y étaient tant accrochés que peut-être passaient-ils à côté de l'autre question : qu'y a t-il maintenant?

Ni un obstacle à franchir, ni un mont à grimper, ni une épreuve à réussir.
Juste un point qui flottait là, une attente, une indécision devant un champ de ruine et une impossibilité à dessiner les contours d'une sortie. Comme des poissons dans un bocal qui commençaient à comprendre la vanité de la recherche. Qui se méfiaient de chercher. Ou plus exactement de trancher, de décider d'agir. Ils en viendraient vite à souhaiter qu'un coup du sort les pousse vers la sortie. Mieux : qu'un coup de folie leur pète au nez.
Ou une intrusion extérieure.
Une pensée n'avance pas que par une logique infaillible. Il y a un infini entre chaque point que l'on relie. Et celui-ci est franchi par un acte, un choix. Droite, ou gauche. Ou autre. Chacun incline doucement l'esprit vers son éthique, la modelant avec minutie. Ces lieux n'étaient qu'une mise en abyme de ces trajectoires sculptées en plein vol.
Tout restait à décider.

***

Le bocal, les poissons et le Temps.
***

Mizar jeta un oeil sur ses comparses. Attendre un coup de folie donc. Il inspira grandement. Au fond, rien qu'à les observer, il sentait que ce n'était pas un équipage trop enclin à l'introspection micro-psychique. Oh! Ils remarqueraient tous les détails, ils y mettraient toute leur attention. Mais ils seraient indéniablement plus à l'aise devant un immense mur infranchissable, que devant le néant de leur propre désir. Une troupe de combat, prête à réaliser des hauts faits, des coups d'éclats, à briser des symboles. Après tout, c'était aussi ce qu'il avait voulu. Car c'était aussi ce qui les attendait. Plus tard.
Là, tout de suite, ils avaient à se franchir eux même.
Et paradoxalement, ils cherchaient l'obstacle ailleurs, chez les autres. Ne le trouvant pas, ils finiraient par s'en lasser -certain n'attendrait pas-. Ou à considérer que Mizar lui-même était l'obstacle.

Le brouillard était encore trop épais.
Ce cimetière d'épaves remuait trop de vase, il leur fallait y voir plus clair.
Et hormis une onde étrange et un signal inoffensif, aucune lumière -sinon celle inatteignable au bout du tunnel- ne leur parvenait.


Si toutes les pensées s'y échouaient, ce serait un véritable chaos ici. Nous n'aurions ni sol, ni horizon, ni repos. Il y a certaines idées chez nos congénères que je ne préfère pas voir s'échouer, ou que ce soit.

J'opterai davantage pour un certain type d'idées, Doc.


L'Architecte avait fixé le visage jeune du Machiniste, espérant l'inviter à mieux cerner leur environnement. Avec sa puissance logique, il était en réalité le moins bien loti d'entre tous ici. Et paradoxalement celui qui risquait le moins de se perdre. A tort ou à raison.

Quelque chose qui n'existe plus.
Mais qui émet un signal.

Il leur est arrivé une chose qui pourrait nous arriver aussi.
Je suggère que nous nous en éloignions.


Sa remarque n'avait rien d'une assertion déguisée.
Il s'agissait d'une suggestion volontaire. Laissant à chacun la possibilité d'y adhérer ou non.

Et sur l'écran, hormis le signal bleu qui persistait, il n'y avait aucune autre rémanence. Ni à côté, ni autour de l'épave. Une vibration se fit sentir. La cavité paraissait gronder dans des tonalités très sourdes. A la fois grave, lointaine et puissante. Cela résonnait comme un déglutissement caverneux auquel ils auraient à s'habituer bien que rien n'indiqua d'où il pouvait venir. Car il venait de partout.

***

***

La posture de la Dernière Lame attira le regard de l'Aveugle -délicieuse antinomie-.
Elle avait vraiment cette tendance qu'ont les bons combattants, les prédateurs carnassiers toujours en quête de leur prochaine cible. Tout son esprit cherchait la cible. Et si elle ne la trouvait pas, une autre prendrait la place en attendant. Son esprit avait d'ailleurs rapidement cerner les contours de leurs cibles à tous, sans parvenir encore à l'appréhender. A défaut de la voir de ses yeux, elle guettait donc l'Artisan de leur attente.

Ils pouvaient s'en remettre au Hasard.
Voir même à l'Infini qu'il suppose -et ils savaient tous normalement ce que cette notion contenait de vertige-. Quelque chose allait nécessairement se passer. Par attente, choix, folie, génie, raison, ou violence.

L'imprévu est encore davantage plaisant lorsqu'il est prévu.



***
Dans l'Entrelac, vous reconnaîtrez son empreinte entre toutes. La sensation de passer la main sur une peau rêche. Un léger amusement qui ne sera pas le votre. Une grande lueur puis...l'image: une pupille brûlée.

L'Aveugle
***
 
Natisha Bel-Ami

Kil'sin  
Le Julung 29 Saptawarar 816 à 16h04
 
Tout cela prenait trop de temps.
Toucher du doigt l'Infini, ils allaient y arriver plus vite que prévu s'il fallait écouter les salades et les bons mots de tout à chacun à chaque fois.
Natisha jeta un regard peu amène à ses comparses, en particulier à l'Architecte. Leur communication télépathique ne lui avait pas permis de cerner davantage l'élusif personnage, en tout cas pas concernant ses motivations actuelles. Elle ne cherchait d'ailleurs pas réellement à analyser qui que ce soit ici ; mais elle ne comprenait, en toute honnêteté, pas grand-chose à cette supposée énigme. Elle se sentait un peu comme un chien courant après sa queue, sentiment détestable. Quant au magmatique Bateleur, celui-ci n'avait pas encore daigné se mettre à caqueter et leur avait épargné jusque-là l'ombre d'un discours, ce qui lui allait très bien.

« - Mais jetez le poète par dessus bord, il m'exaspère ! »

Son corps mécanique se mit en marche. Elle ne savait pas trop ce qu'elle allait faire ni ça allait marcher. C'était ça qui était amusant. Elle passe rapidement derrière le Machiniste, et lança ces quelques mots :

« - Je vais me promener. J'ai envie de voir si je peux voler. Soyez gentils, ne venez pas me ramasser si je me foire. Je préfère que vous gardiez une image avenante de ma personne. »

Elle se concentra quelques instants pour ré-émerger sur la coupole du Brise-Rêve, et grimaça. Décidément, elle ne s'habituait pas à ce transfert.
La gynoïde avança jusqu'à l’extrémité de la coupole et jeta un regard en contre-bas. A vue de nez, la chute paraissait longue et fatale. Comme dans : « aucune chance de s'en tirer »-fatale.

Mais dans cette hétérotopie, rien ne lui ordonnait de se limiter à une forme ou à des lois physiques, non ? Sa pensée pouvait se déployer ici avec puissance, sans regrets. Pourtant, elle n'était pas certaine de pouvoir y faire tout ce qu'elle voulait. Ses compagnons l'avaient dit : ce qui comptait, c'était la cohérence. Sur ces lignes narratives croisées, cet univers ne se maintenait qu'à travers cet effort. Autrement dit, il n'était plus question de possible ou d'impossible, simplement de cohérence ou d'incohérence.
Ce qui voulait dire qu'elle pouvait certainement modeler son image et son corps, comme elle l'avait fait en adoptant une couleur, et comme l'avait fait le Bateleur avec ce costume vraiment très laid. Comme elle avait choisi l'avatar virtuel d'un robot, rien ne lui interdisait de s'ajouter des extensions. Comme...par exemple...un moteur énergétiquement stable et indépendant et un appareil associé ailé pour faire des trucs comme...pfff...voler ? Respirer sous l'eau ? Changer de visage ? Obtenir une mémoire parfaite ? Toutes ces choses qui avaient l'air follement amusantes et qu'elle avait déjà essayé dans sa véritable existence, malheureusement pour des résultats médiocres et souvent pénibles.

Bon, ça, c'était la théorie. Quelques ajustements mentaux de-ci, de là, et là voilà avec un prototype de moteur à vapeur accroché à son dos. Sarif Bel-Ami avait conçu des plans pour ce type d'appareils, mais ni sa fille ni lui n'avaient jamais réussi à mettre un point un modèle fiable, le modèle paraissant trop fragile et prompt à exploser en plein vol. Natisha se rappelait avec affection de ces tendres années dans les cours de vaporologie de Mr. Faynton au Dara. Elle avait fait explosé beaucoup de prototypes ingénieux de quatorze à seize les luang après-midi. Il fallait espérer que la monumentale incohérence physique d'un tel appareil ne sauterait pas à l'esprit de ses compagnons, parce qu'elle lui sautait vachement aux yeux, à elle.

Donc, en théorie, elle pouvait voler de ses propres ailes – littéralement, en l’occurrence. En pratique...ben, on allait voir. Ça faisait quand même drôlement peur, vu qu'une bonne partie de sa cervelle reptilienne lui disait de ne surtout pas sauter au milieu de rien du tout. Pour l'esprit seul du Machiniste, elle commenta brièvement :

Citation :
« Je n'ai aucune idée de ce que je suis en train de faire. »


Et puis la gynoïde sauta, parce que ça avait l'air amusant...en théorie.

 
Helhar'sen

Kil'dara  
Le Julung 29 Saptawarar 816 à 23h48
 
***
Malgré son souci avec le Calamorque défectueux, le Doc' ne peut s'empêcher un bref éclat de rire à la mention de "l'image avenante de sa personne"... C'est un rire joyeux, mais avec un petit accent de gêne, il faut bien avouer que le personnage de l'androïde féminine fait partie des fantasmes couramment répandus chez les mâles kildariens. Aucun problème pour l'image avenante, elle est déjà gravée au fer rouge dans la mémoire du médecin!

Il la détaille alors qu'elle s'éloigne et traverse la paroi pour se positionner sur la coupole, devant le rebord.
Helhar'sen est sur le point de lancer deux autres drones avec pour instruction de suivre et observer la gynoïde, mais - après ce qu'il vient de voir - il se demande se ces foutues bestioles ne serait pas capable de les outre-passer en voyant "une des leurs" se mettre en danger.
Le Machiniste aurait bien quitté son siège pour aller la voir s'envoler, mais d'autres préoccupations le retiennent. Il se contente de maintenir le lien télépathique avec elle.
***

Pensée :
"Je ne crois pas avoir eu le plaisir de vous rencontrer dans le monde de la matière, mais nous sommes ici dans le monde de l'esprit... et si j'en juge par le peu que j'ai pu voir du votre, et votre capacité à modifier votre projection personnelle, je ne me fais aucun souci quant au fait que vous arriviez sans peine à soumettre votre environnement à votre volonté. Si vous y croyez, peut importe l'idée, alors vous pouvez réaliser ici tout ce que vous n'oseriez que dans vos rêves les plus fous."


***
Malheureusement pour Helhar'sen, son attention est détournée par un message du Brise-Rêve, et il ne voit pas le jet pack prendre consistance ni l'envol de la Dernière Lame, car son regard est tourné vers les deux écrans qui viennent de s'éteindre après un bref flash vert.
Ceux des lanyshtas qui se sont déjà bien installés, à l'image de l'Artificer, peuvent également ressentir le vaisseau mettre en route le processus de synthèse pour fabriquer deux nouveaux Calamorques, et un regard à la table holographique confirme rapidement qu'il ne reste plus que trois drones autour de l'épave. Il manque celui qui y avait pénétré et un autre... Deuxième amélioration à apporter aux drones en plus des lampes : leur permettre d'enregistrer leurs perceptions pour pouvoir revoir ce qu'on a manqué...

Ca, c'est plus qu'un défaut de conception. Ce qu'aucun des autres n'a pu percevoir en revanche car la transmission était trop ténue, trop intime, c'est le signal de mise à feu du système d'autodestruction du Calamorque n°4 qui allait bien jusque là. Encore une fois, il y a plusieurs raisons qui pourraient expliquer cette action, mais aucune qui soit un bon signe, surtout si c'était de son proche chef... En théorie, les Calamorques n'explosent que dans quelques cas bien précis : sur instruction du Machiniste lors de manœuvres contrôlées, après avoir pénétrer dans un adversaire de grande taille, pour emporter un maximum d'ennemis, ou pour atteindre un petit ennemi trop rapide pour être attrapé.
Et c'est vers cette dernière hypothèse que penche le Doc' : la seule chose petite et rapide aux alentours de l'épave, ce sont les Calamorques eux-mêmes...

Si quelqu'un ou quelque chose a réussi à retourner un des drones contre les siens, cela signifie que tout le paradigme du Brise-Rêve pourrait s'effondrer!
Le Doc' a beau faire le tour de toutes les hypothèques qui lui viennent, il faut se rendre à l'évidence : il n'y a personne d'autre qu'eux ici, et il est hautement improbable que l'un d'eux ait déjà réussi à pirater les systèmes du Brise-Rêve sans qu'il s'en aperçoive. Alors il envisage une toute autre idée. Une idée qui a sûrement déjà effleuré l'Architecte s'il n'en est pas à son premier coup d'essai. Ce n'est pas quelqu'un ou quelque chose qui dérègle ses créations, c'est le fait qu'il cherche à les sortir de leur univers.

D'un geste, le Machiniste active les systèmes d'autodestruction des trois Calamorques qui restaient encore près de l'épave.
Cette fois, tous peuvent percevoir la pensée du Doc'.
***

Pensée :
"On a un souci, et pas qu'un petit. Je crois qu'on n'a choisi une très mauvaise stratégie... Et si nos Entrelacs nous acceptent parce que nous appartenons à un même ensemble, est-ce que pour franchir leurs limites, justement, tout ce qui fait que nous faisons partie de cet ensemble est voué à nous retenir ou à rester ici?

Regardez toutes ces épaves... Personne n'a réussi à passer, rien n'a pu traverser. Et si on tente d'aller plus loin, j'ai peur que ce ne soit pas qu'un poignée de drones qui commencent à être défectueux, mais tout ce que j'ai bâti en étant mon moi d'ici... Je sais, ce n'est pas très clair mais pensez-y...
Et si pour sortir, on devait laisser ici ce qui fait que nous y sommes chez nous... Un peu comme laisser les clefs sous le paillasson en somme. Sauf que là on laisse une partie de nous, pour se redéfinir ailleurs...

Ça veut dire nous libérer de nos points d'attache. Que notre amateur de thé en chef largue son ancre. Et que je vous libère de votre symbiose avec le Brise-Rêve pour qu'on continue sans lui."


***
Car si le Brise-Rêve se met lui aussi à n'en faire qu'à sa tête et à considérer les voyageurs comme des étrangers, même le Doc' n'est pas sûr de réussir à l'empêcher de retourner ses armes contre eux.
Mais il préfère garder cette crainte pour lui, pour le moment.
***

Pensée :
"Dernière-Lame? Je crois que vos ailes ne sont qu'un début, il va falloir aller encore plus loin dans le changement pour nous arracher à nos Entrelacs si cette hypothèse se tient."





(Agur 816)
 
Elyas

Kil'sin  
Le Vayang 30 Saptawarar 816 à 17h44
 
Observations et énigmes s'entremêlaient.
Le jeu proposé par l'Archi-veugle manquait de pétillant. Son enfance avait du être d'une tristesse...
Nous devions nous éloigner, c'était exact.
Nous éloigner de la banalité.

La Blondasse fit un premier pas en ce sens. Elle sauta sans plus de cérémonie par dessus bord, usant d'un mécanisme imaginaire pour lui permettre de flotter dans cet AIr qui n'en était pas.
Toujours dans mon fauteuil, je l'observais d'un air amusé.


C'est qu'elle en a de plus grosses que nous tous réunis cette petite.

De son côté, le Doc-chiniste paraissait plus alerte qu'à l'accoutumée. Un grain dans ses engrenages? Avait-il découvert mes petits cadeaux dissimulés dans son beau vaisseau?
Eh bien non.
En fait, le médecin en arrivait à la même conclusions que moi, certes avec un brin de retard.
L'effet serait peut-être un peu gâché mais l'explosion, elle, conserverait toute sa sublime.


Ah enfin ! m'exclamai-je, Nous pensions que vous n'y arriveriez jamais, trop occupés à vous congratuler sur ce que nos Esprits formatés ont à nous proposer. Mais nous sommes loin des limites, de nos limites.

Bon, cette fois-ci, il allait falloir y aller.
Je m'étirai de tout mon long puis fini par m'extirper du confortable fauteuil.


Fini la branlette, le Bariolé prend les choses en main.

La lueur de mon costume s'éclipsa.
La réaction avait lieu.
A présent, chacun pouvait sentir, par l'intermédiaire du Brise-Rêve, la dizaine de bombes qui ronronnaient paisiblement.


Vous allez avoir l'honneur de faire partie de notre Chef-d'Oeuvre !

Tout à coup, le costume se remit à rougeoyer.
La matière pétillait, comme des millions de petites bulles qui éclataient autour de mon corps sans émettre le moindre son.
La lumière se fit plus vive, envahissant le cockpit.


...Quand la Méduse devint Radeau...

Il y eut un éclat éblouissant et puis...
Plus rien.

Le Néant.
Le Vide.
Le Chaos.

Le vaisseau et les corps n'étaient plus.
Le monde des poissons non plus.
Un pétard mouillé.
Quoique...



- Thème d'Elyas -
 
Helhar'sen

Kil'dara  
Le Vayang 30 Saptawarar 816 à 19h52
 
***
Le Doc' veut sauter sur le Bariolé, lui dire qu'il y a d'autres alternatives, qu'il ne faut pas détruire le Brise-Rêve... mais ce serait se mentir. Le vaisseau doit être mis hors circuit, non seulement pour l'empêcher de les considérer comme des entités étrangères, mais tout simplement pour que le lanyshta puisse se libérer.

Le temps paraît suspendre son vol alors que la lumière commence à envahir tout l'espace intérieur, non seulement du pont supérieur, mais également dans toutes les entrailles de la méduse. Dans un ultime élan avant que les systèmes se coupent, le Machiniste envoit un signal télépathique direct par le lien de sa symbiose avec le Brise-Rêve, une séquence de trois instructions bien précises.
***


§§§ Désactivation de tous les capteurs §§§
§§§ Effacement des procédures de rapatriement d'urgence §§§
§§§ Inactivation des spores §§§


***
Impossible de savoir si le message a été bien reçu, le Machiniste est emporté par le flash en même temps que le pont supérieur, avant d'avoir le temps de recevoir un signal retour. Brusquement, il n'y a plus rien. Helhar'sen s'attendait à ce que la séparation avec la plus grande création psychique à laquelle il ait jamais donné naissance soit douloureuse. Vu sont degré de symbiose avec le vaisseau, la destruction de celui-ci est forcément synonyme de la destruction d'une partie du Machiniste. Mais là, non. Rien.
Pas de douleur. Pas de sensation du tout en fait. Juste rien.
***





(Agur 816)
 
Harvain

Kil'dé  
Le Dhiwara 2 Otalir 816 à 14h41
 
L'imprévu est source de plaisir... Je remâche cette phrase comme un mauvais bout d’artichaut coincé entre deux prémolaires. A croire que ma condition de kil'déen sera mise à rude épreuve pour supporter les élucubrations des autres penseurs. Scylla me vienne en aide, j'ai l'impression d'entendre les inepties d'étudiants en première année du style "on met les fourchettes à droite ou à gauche monsieur ?" ou la traditionnelle "j'utilise quel type de cirage pour le cuivre et pour le bois monsieur ?". Ce genre de questions étaient sanctionnées à mon époque par un coup de règle en fer sur les doigts, parfois sur la nuque chez certains professeur. Aujourd'hui, il y avait relâche dans l'enseignement, même au Locus Solus. Alors quand j'avais une classe, je ressortais les vieilles traditions de la naphtaline.

L'imprévu est blasphème, hérésie, sacrilège pour moi. C'est comme avoir un service à thé dépareillé. Ca me donne des envies de meurtre. Comment résoudre les plus grandes énigmes de Syfaria avec une tasse qui n'est pas accommodée avec sa tasse bon sang ?!

Et bien sûr, rien ne se passe comme prévu. Mais au début, ça semblait bien. J'avais imaginé mes quartiers dans un coin de la couronne extérieure comme une fidèle reconstitution de mon dortoir étudiant. Là où j'ai passé les plus belles années de ma morose existence. Le dépouillement de la décoration le disputait à l'inconfort des matelas qui faisait passer le plancher pour le summum du moelleux. Un châlit de fer sans joie. Les ressorts et le matelas affaissés formaient une espèce de moule qui forçait quiconque s'y couchait à prendre instantanément la position propice au sommeil. Une unique malle au pied du lit contenait l'équivalent plus que nécessaire pour y entreposer une vie au service des autres. Il y avait une petite table de toilette sous un miroir brisé avec un rasoir soigneusement aiguisé. Et c'était tout. J'avais tout le dortoir pour moi, c'était amusant bien qu'un peu vide. A mon époque, il y avait toujours un lit qui grinçait, quelqu'un qui chuchotait, quelqu'un qui ronflait ou qui essayait discrètement de péter. Désormais, j'étais seul. Je posais mon ancre sur le lit d'à côté. J'ai oublié le nom de l'étudiant qui l'occupait mais on rigolait beaucoup parce qu'il était très grand et qu'en dernière année, il avait les pieds qui dépassaient du lit. Quelle ambiance de folie.

Mais je m'ennuyais un peu alors je remontais à la passerelle d'observation. Je n'étais pas déçu du voyage. Ils faisaient de beaux efforts d'imagination, j'étais content, ça me changeait de la vie de tous les jours. J'observe un peu mes comparses, compagnons de voyage pour le moment, d'infortune plus tard. Ils étaient étranges, ce n'était pas une équipe à proprement parler mais une alliance d'intérêts plus ou moins convergents. Ca fera l'affaire. J'observais alors, devant moi, ce cimetière d'idées. Là où je n'étais pas sûr, c'était de savoir s'il s'agissait vraiment d'un cimetière d'idées du consensus télépathique ou d'une création de l'esprit d'un des membres... En périphérie de vision, je vois la Dernière Lame s'envoler sur un coup de tête puis le Docteur qui fait son annonce.

Je resserre ma prise sur l'ancre que je tiens. Je n'ai pas le temps de réfléchir davantage quand je vois le bariolé prendre la parole. Ce n'est qu'au moment où je l'entends dire qu'il prend les choses en main que je commence à comprendre. Je n'ai pas le temps de penser un "oh le con" qu'un flash m'aveugle. C'est fâcheux, on dirait qu'on va mourir.



 
Mizar

Kil'sin  
Le Dhiwara 2 Otalir 816 à 15h29
 
Obstacle explosé.
Si ils avaient la certitude de l'avoir franchi, ils n'en avaient aucune sur la véritable cause.
Etait-ce l'explosion en elle même, par sa causalité destructrice? Ou n'avait-elle été que le déclic permettant à leurs esprits de franchir le voile et reconstruire une image plus fidèle de l'Entrelacs?
Ils pouvaient se douter qu'une telle pirouette ne fonctionnerait pas à tous les coups.
Très vite leur psyché s’imprègne des évènements, de la cohérence nouvelle, de la méthode. Elle banalise les faits.
Si tout cela fonctionnait par déclic, il faudrait en trouver un autre, si une prochaine occasion se présentait de faire un tel voyage.


***

***

Et voilà le Néant.
Il n'avait pas tant jailli, davantage sembla-t-il que les images s'engouffraient dans un trou noir fait dans la toile.
Les cavités s'étaient pliées, l'air n'avait jamais semblé si vide, la lumière s'était éteinte comme si plus personne ne contrôlait le projecteur. Ces lieux se dévoilaient sans la moindre tangibilité, tels une feuille de papier que l'on écrabouillait. L'esprit qui en était l'architecte était lui aussi en train d'y plier toute cohérence.


***
Le Néant donc.
Ou l'idée que l'on s'en fait. Du noir partout.
Pendant quelques instants, ils sentirent la vraie nature de la télépathie.
Comme si l'idée que l'explosion avait fait germer en eux, avait prit consistance, puis les avait projeté loin.
Franchissant le Tout, en un Rien de temps.
Cet effort de la conscience était assorti d'un vertige.
Arrivés au bout du bout, un instinct leur disait de remettre les pieds sur un sol stable.
Pourtant, ce ne fut pas là le seul élément perçu.

Quelque chose les ramena en arrière.
L'Entrelac.

Difficile de savoir comment fonctionnait ici la causalité.
Conceptualiser l'Entrelac suffisait-il à le rendre tangible?
Ou existait-il par lui-même, comme un espace indépendant?
Impossible à dire.

Quoiqu'il en soit, ce quelque chose les fit rebondir dans le vide vers un substrat télépathique.
Cela ne dura que quelques infimes secondes.
***


Si ils sont tous emportés par la vague, tous ne le vivent pas de la même manière.
Le Doc sentit sa raison céder à l'atomisation du décors.
L'Arlequin se laissa glisser dans le bouillon, avalé comme un spaghetto dans un rire fanatique.
L'Aveugle eut le temps de dire "Enfin...".

Par contre, il en était deux pour qui les choses prirent une toute autre tournure.


***

***

La gynoïde avait certes compris l'enjeu mais au lieu de défier ses désirs, elle s'en était créé un autre. Voler.
De sorte qu'elle ne vécut pas l'explosion comme une décomposition mentale. Mais bien comme une explosion.
Elle eut le temps de voir son corps soumis à la cohérence en pleine distorsion, écharpé par la violence de l'impact.
Et les improbables absurdités qui froissaient le décors en même temps que l'esprit de l'Architecte était en train de s'échapper. Car ces dédales n'étaient que sa création. Lui partit, ils disparaissaient.
Natisha fut ainsi emportée malgré elle, entrainée par la faille ouverte par les autres.


***

***

Quant à l'Ancre, quoiqu'il eut fait, il fut celui d'entre tous qui toucha le plus près la télépathie et ses liens.
Retenu en arrière et emporté vers l'avant, tout ne fut pour lui qu'un étirement douloureux et contraignant.
De la vraie douleur. Pas juste une idée de douleur.
Elle préfigurait les contraintes vers lesquels ils s'envolaient.
Cependant le buveur de thé ne sortirait pas indemne de cette expérience.
S'accrocher à une idée, une seule, en ces lieux, était une force qui impliquait une réduction.
Un atome d'identité qui se débarrassait de toutes les autres entraves.
Pour tenir, tenir jusqu'au bout.

Chacun d'ailleurs allait sentir que cet impératif ne serait plus une simple vue de l'esprit...
L'impression n'en était pas une : leurs pensées fuyaient.










***
Dans l'Entrelac, vous reconnaîtrez son empreinte entre toutes. La sensation de passer la main sur une peau rêche. Un léger amusement qui ne sera pas le votre. Une grande lueur puis...l'image: une pupille brûlée.

L'Aveugle
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