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Vie quotidienne...


Les affaires de la vie courante du Kil'sin sont gérées par une multitude de Petits Comités – trop nombreux pour pouvoir être précisément dénombrés (probablement plusieurs centaines sur tout le kil) – dont le domaine de compétence est variable, aussi bien dans leur périmètre d'action (une rue, un quartier, une bonne moitié du kil...) que dans leur domaine de spécialité : un seul métier (boulangerie, éclairage public, distribution du courrier...), plusieurs métiers (commerces alimentaires, entretien de l'espace public, messagerie et information...), voire un ensemble de services disparates (généralement en lien avec un lieu : par exemple un comité de café-théâtre qui gère un établissement servant repas et boissons toute la journée, proposant des spectacles le soir, et servant de salle de réunion publique une fois par semaine).

Souvent complémentaires, il peut aussi arriver que ces comités se fassent concurrence sur une activité ou des bouts de secteur qui se chevauchent, généralement sans que cela génère de conflits.
C'est la principale raison pour laquelle au yeux des habitants des autres Sharss, le Kil'sin apparaît comme une organisation totalement chaotique.

Le principe de fonctionnement des comités, petits et grands, est de chercher à obtenir en premier lieu des décisions par consensus, afin de chercher à harmoniser autant que possible propositions et objections, ce qui peut mener à d'interminables palabres illustrant bien les penchants rhéteurs et polémistes des habitants du Kil'sin.
Ce n'est qu'en dernier recours, quand il devient évident qu'on ne parviendra pas facilement à un consensus (ce qui peut prendre plus ou moins de temps...) ou que la situation devient urgente, que l'on départage les choses (au moins pour un temps) par un scrutin à vote négatif (on ne vote jamais "pour" une décision, uniquement "contre").

Si des lieux accueillant les réunions des comités sont d'une grande diversité par leur nature, leur taille, leur emplacement, etc., les plus importantes réunions ont généralement lieu en un grand bâtiment - ironiquement nommé "Hall des infinies palabres" - abritant un immense amphithéâtre pouvant accueillir plus de cinq mille personnes.

Vivre au quotidien en Kil'sin est facile. Très facile.
Sauf... si vous faites parti des oubliés, des introvertis, des déprimés ou même encore de ceux qui ont subi un mauvais jour... la Vindicte populaire.

La vindicte populaire


Dans un système où il n'y a ni Dieu, ni maître, nous pourrions penser que le plus fort gagne toujours.
Et que les plus malins trichent aisément pour devenir les plus forts.
Corruption, violence, décadence.

Pourquoi le Kil'sin n'était-il pas aussi malsain que le fantasment les habitants des autres Quartiers?
Aussi incroyable que cela puisse paraître, c'est ici simplement une question d'état d'esprit, de façon de pensée.
De conception politique.

Comprenez, le Kil'sinite est éduqué à vivre libre, sans entrave.
Cela ne signifie pas qu'il se fiche de tout et qu'il fait ce qu'il veut. Non, il est attaché à la liberté.
C'est un pilier fondamental, qui justifie que tout doit se décider par le Verbe et non par le Fer.
Et ce n'est pas là une utopie fantasque, c'est une conviction solidement ancrée qui fait qu'une majorité des Kil'sinites sont impliqués dans la vie de leur Quartier.
A travers leur Comité, ou en participant eux même aux grandes réunions.

C'est cet état d'esprit ultra indépendant des Kil'sinites qui bloquent toute tentative de prise de pouvoir.
Car tout finit par se savoir.
Si un Kil'sinite cède à la tentation de corrompre ou d'intimider des adversaires, cela se saura.
Si en plus, sa manœuvre est destinée à faire grandir l'influence de son Comité, vous pouvez être certain que le soir même, à l'ordre du jour des réunions, il passera à la moulinette.

De toutes façons, tout ce qui ne se sait pas, tout ce qui n'est pas clair, est par défaut louche.
Tout changement non expliqué est donc louche. Et donc immédiatement remis en cause...

Pourtant, certaines "choses bizarres" se passent parfois, et personne ne conteste.
Tout le monde est au courant... mais une sorte de consentement tacite est donné.
Parfois cela se joue à un beau discours au beau milieu du Hall des infinies palabres.
Mais n'allez pas croire qu'un beau discours est un discours de manipulateur.
Il n'y a rien de plus difficile que de duper un Kil'sinite. Et si il sent qu'on cherche à le duper...attention à sa réaction !
Être un trop beau parleur peut coûter cher...

Guider le Chaos, influencer son flot, ses spirales...voilà une oeuvre bien difficile.
Surtout quand les mots sont les seules armes légitimes.

Une vie parmi d'autres : Alster Kadun


Vivre en Syfaria n'était pas en soi une sinécure.
Mais pour qui n'avait connu que cela, ce n'était pas un critère de malchance.
Quelque soit le Quartier où l'on vive, il y avait autant d'avantage que d'inconvénient, chacun s'en faisant son idée personnelle car en réalité, même pour le commun de Krolanne, il était avant tout question de survie dans ce monde sans échappatoire.
Par contre, naître d'une mère violente et d'un père bon à rien, c'était déjà accéder à un certain degré de mauvais augures.
Ce cliché du couple bancal et traumatisant pour sa progéniture, il existait non pas pour enrichir les histoires, légitimer la souffrance ou dramatiser un discours pour retenir l'attention d'un auditeur.
Il s'agissait simplement du fruit d'une vie compliquée dans un monde aux alternatives réduites.
Du croisement de parcours, d'enchevêtrement d'évènements, de mauvais choix, d'occasions ratés.

Tenez, prenez Alster Kadun.
Celui sur lequel les gamins balancent des cailloux pour s'amuser.
Ils en ont peur en réalité, ce vieillard a franchement un air louche, le genre de à prononcer des paroles incompréhensible, à puer le frobekh, sans parler de son visage abimé. Vivre dans la rue ne l'a pas spécialement aidé à devenir plus sociable.
D'ailleurs, tout le monde se targue d'une petite blague quand il est dans le coin.
Mais concrètement, qui connaît la vie d'Alster?

Tout le monde a la vie dure.
Perdre un enfant, être blessé lors d'une sortie, attraper une mauvaise maladie, manger une fuscuserie, c'était une préoccupation quotidienne, une probabilité réelle.
Mais on oubliait de dire que le plus grand danger dans ce jeu de survie, c'est que les autres autour aussi veulent survivre.
Et que ce sont ces mêmes "autres", nos congénères Krolannes, qui sont les premières causes de mortalité.
Un mauvais coup reçu, une guéguerre de pouvoir, une vengeance d'égo, des jalousies, des luttes de territoires, de ressources.
Il n'y a aucune corne d'abondance en Syfaria.
Si je vous dis donc qu'Alster Kadun fut un jeune très actif au sein du Comité des Perspectives, vous me répondrez : c'est quoi ce Comité?

Il y a un peu plus de 40 cycles de cela, le comité fut créé pour proposer et soutenir des idées qui feraient évoluer le Kil'sin.
Au début, ce n'était qu'un groupe de discussion - l'Ecole du Ruisseau, les appelait on- qui prophétisait des changements potentiels pour le Sharss.
Il s'est avéré que cela a très vite attiré la curiosité des autres comités.
Même si le Kil vivait très bien, les gens se plaignaient d'un tas de problème sur l'organisation et sur certaines mauvaises habitudes qui étaient apparues au sein des Grands comités.
Sans parler de corruption, il y avait des copinages, des ententes.
Obtenir l'approbation populaire n'était pas aisé, il ne suffisait pas d'acheter un vote.
Alors certains réfléchissaient dans l'ombre à "manipuler" les opinions" de façon très subtile.

Le Comité des Perspectives a connu une croissance débordante durée deux années, lui permettant de participer aux grands débats et à rencontrer les Grands Comités.
Mais cette rentrée dans la cour des grands ne fut pas une bonne affaire.
Le Comité fut confronté à une opposition frontale.
Notamment lorsqu'il fut question d'instaurer un contre-débat trimestriel.
Le fond de ce projet était de forcer les Comités à faire le bilan régulier de l'activité du Quartier.
C'était une vieille idée, qui s'était perdue, mais que le Comité des Perspectives avaient ressorti du placard et modernisé.
Forcément, cela ne plut pas à tout le monde.
Et là encore, si je vous dis qu'Alster Kadun fut le porte parole de ce projet et donc directement la cible des opposants, cela vous laisse imaginer un instant la pression que cet homme a pu subir pendant quelques mois.
Ce genre de lutte est monnaie courante au sein de notre Kil, me direz vous.
Oui, excepté que parfois - souvent -, l'histoire dérape et la vérité est enterrée...

La particularité du Kil'sin est que rien ne s'enterre facilement.
Il faut réussir à mettre en œuvre une complicité collective. C'est ainsi qu'Alster fut littéralement broyé.
Les autres Comités avaient volontairement relâché la pression depuis quelques semaines et l'avaient incité à porter au public des projets plus novateurs encore.
Les anciens étaient au courant que le Comité des Perspectives soutenaient des projets de Constitution et de construction d'un Régime politique -une sorte de république multicéphale et parlementaire-.
Bien entendu, ces utopies loufoques n'avaient pas la moindre chance de plaire.
Alster se laissa convaincre de les présenter en réunion...
Il le fit et fut largement discrédité.
La manœuvre était simple et il fut naïf.
Mais le plus terrible n'est pas là : quand Vila Kaldun fut agressée une semaine plus tard -sa compagne-, Alster ne trouva personne pour prendre sa défense.
Personne n'allait s'acharner sur lui en répandant rumeurs ou autres.
Non, la population kil'sinite ne se complait pas en faux commérages.
Mais au fond, même si l'attitude des Grands Comités avaient été louches dans cette affaire, chacun était bien heureux que les véritables intentions du Comité des Perspectives soient dévoilées.
Il était légitime de stopper ce Comité trop ambitieux. Et de mettre Alster à l'écart...

Difficile de dire qui est la victime.
C'est là que les probabilités s'enchaînent mal. Vila Kadun décéda deux ans plus tard, d'une mauvaise maladie.
Dix ans plus tard, c'était Varn Kadun, son fils, qui ne revint jamais d'une sortie de la Cité.
Quant à Alster, il avait perdu goût aux jeux verbaux de la Cité, à sa vie politique.
A la vie tout court.
Quand il perdit son fils, sa raison l'abandonna.
Voilà plus d'une vingtaine d'années qu'il erre dans nos rues et qu'on l'évite sans trop y faire attention. Il survit en fouillant les poubelles.

La vraie leçon de cette histoire est de comprendre qu'Alster Kadun n'est pas un cas particulier.
C'est un cas parmi tant d'autres.

On peut devenir fou d'avoir été humilié.
Faire preuve de naïveté coûte cher. C'est simplement la vie ici qui est comme ça. Et personne ne s'en plaint.
Car si quelques uns échouent, un tas d'autres réussissent.
Du moins, tant que la Spirale du Chaos tourne dans le bon sens...


(élaboré à partir de textes proposés par Rhamôn et Mizar)
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